Que faire face à un arrêt cardiaque : alerter, masser, défibriller dans le bon ordre

Le massage cardiaque, geste essentiel face à un arrêt cardiaque Photo : Samir Zeka (Pexels)
Une personne s’effondre devant vous, ne répond plus et ne respire pas normalement : vous avez trois gestes à faire, dans cet ordre. Alertez le 15 ou le 112, massez immédiatement le thorax sans attendre, défibrillez dès qu’un défibrillateur est disponible. Vous n’avez besoin d’aucun matériel médical ni d’aucune expérience pour commencer. La seule vraie erreur, c’est de ne rien faire. Ce guide, rédigé par la Protection Civile du Doubs, association agréée de sécurité civile dont les secouristes prennent chaque année le relais des premiers témoins sur les postes de secours, vous donne la séquence exacte, applicable en quelques secondes.
Arrêt cardiaque : les 3 gestes à faire dans l’ordre (résumé d’urgence)
Face à un arrêt cardiaque, agissez dans cet ordre : alerter les secours (15 ou 112), commencer le massage cardiaque sans attendre, puis brancher un défibrillateur automatisé externe (DAE) dès qu’on vous en apporte un. Ces trois gestes forment la chaîne de survie, et vous en êtes le premier maillon.
Voici ce qui doit se passer dans les 60 premières secondes :
- Secondes 0 à 10 : vous constatez que la personne ne répond pas et ne respire pas normalement.
- Secondes 10 à 30 : vous appelez le 15 (ou le 112) et vous mettez le téléphone en haut-parleur.
- À partir de 30 secondes : vous démarrez le massage cardiaque et vous ne vous arrêtez plus jusqu’à l’arrivée des secours ou l’installation d’un DAE.
Le facteur temps est décisif. La Fédération française de cardiologie rappelle que chaque minute perdue sans réanimation réduit les chances de survie d’environ 10 %. Autrement dit, au-delà de dix minutes sans geste, les chances deviennent presque nulles. Les secours mettent en moyenne plusieurs minutes à arriver : pendant ce laps de temps, c’est vous qui maintenez la victime en vie. Un massage imparfait démarré tout de suite vaut infiniment mieux qu’un massage parfait qui n’arrive jamais.
Reconnaître un arrêt cardiaque en quelques secondes
Deux signes suffisent pour identifier un arrêt cardiaque : la personne ne répond pas quand on lui parle et on la secoue, et elle ne respire pas ou respire de façon anormale. Si ces deux conditions sont réunies, il s’agit d’un arrêt cardiaque et il faut agir immédiatement.
Prenez 10 secondes maximum pour vérifier, pas plus :
1. Parlez fort et secouez doucement les épaules : « Vous m’entendez ? » Aucune réaction confirme la perte de connaissance.
2. Regardez le thorax pendant quelques secondes : ne se soulève-t-il pas ? Se soulève-t-il de façon anarchique, bruyante, saccadée ?
Attention aux gasps, ces respirations bruyantes, lentes et irrégulières qui ressemblent à des hoquets ou à des soupirs profonds. Beaucoup de témoins les prennent pour une respiration normale et n’osent pas masser. C’est une erreur fréquente : les gasps ne sont PAS une respiration efficace, ils accompagnent souvent l’arrêt cardiaque. En cas de doute, considérez que la personne ne respire pas et commencez le massage.
Ne confondez pas les situations. Un malaise laisse la personne consciente, capable de vous répondre. Une perte de connaissance simple laisse une respiration normale et régulière : dans ce cas, on place la personne en position latérale de sécurité. L’arrêt cardiaque cumule perte de connaissance ET absence de respiration normale : c’est le seul cas qui impose le massage.
Étape 1 : alerter les secours (15, 18, 112)

Appeler les secours au 15, 18 ou 112 sans attendre Photo : Mwabonje Ringa (Pexels)
Appelez le 15, le 18 ou le 112 dès que vous avez reconnu l’arrêt cardiaque, avant même de commencer le massage si vous êtes seul. Le régulateur qui vous répond va vous guider en direct et déclencher l’envoi des moyens de secours.
Trois numéros mènent aux secours en France :
- 15 : le SAMU, régulation médicale d’urgence, l’interlocuteur de référence pour un arrêt cardiaque.
- 18 : les sapeurs-pompiers.
- 112 : le numéro d’urgence européen, accessible depuis n’importe quel téléphone, même sans carte SIM ni réseau de votre opérateur.
Donnez d’emblée les informations essentielles : l’adresse précise (rue, numéro, étage, code d’accès, point de repère), ce que vous voyez (personne inconsciente qui ne respire pas), et votre numéro de téléphone. Répondez calmement aux questions du régulateur.
Ne raccrochez jamais de votre propre initiative. Le régulateur du SAMU reste en ligne, vous guide geste par geste et vous indique le DAE le plus proche. Si vous êtes le seul témoin, mettez l’appel en haut-parleur et posez le téléphone à côté de la victime : vous gardez les deux mains libres pour masser tout en étant guidé à la voix. C’est la configuration à adopter systématiquement quand personne d’autre n’est présent pour aider.
Étape 2 : le massage cardiaque, le geste qui sauve
Le massage cardiaque consiste à comprimer le thorax de façon rythmée pour faire circuler le sang à la place du cœur arrêté. C’est le geste le plus efficace que vous puissiez faire, et il ne demande aucun matériel.
La position exacte des mains :
1. Allongez la victime sur le dos, sur un plan dur (le sol, pas un lit ou un canapé).
2. Placez le talon d’une main au centre du thorax, sur le sternum, entre les deux mamelons.
3. Posez la seconde main par-dessus la première, entrecroisez ou superposez les doigts.
4. Gardez les bras tendus et positionnez vos épaules à la verticale de vos mains : c’est le poids de votre corps qui appuie, pas la force de vos bras.
Le rythme : appuyez à une cadence de 100 à 120 compressions par minute, régulière et soutenue. Pour tenir ce rythme, appuyez-vous mentalement sur une chanson à tempo rapide (le rythme d’un morceau entraînant convient bien), ou suivez le tempo indiqué par le régulateur au téléphone.
La profondeur : enfoncez le thorax de 5 à 6 cm chez l’adulte, puis laissez-le remonter complètement entre chaque compression sans décoller les mains. Le relâchement complet est aussi important que l’appui, car il permet au cœur de se remplir.
Ne vous interrompez pas. Poursuivez sans pause jusqu’à l’arrivée des secours ou jusqu’à ce qu’un DAE soit prêt à analyser. Le massage est épuisant : si une autre personne est présente, relayez-vous toutes les deux minutes pour maintenir la qualité des compressions.
Adaptations pour l’enfant et le nourrisson : chez l’enfant (1 an à la puberté), massez avec une ou deux mains selon sa corpulence, en enfonçant d’environ un tiers de l’épaisseur du thorax. Chez le nourrisson (moins d’un an), utilisez deux doigts au centre du thorax. Le principe reste le même : mieux vaut masser en adaptant la force que ne rien faire. Ces gestes précis s’apprennent et se mémorisent en formation, comme celle du certificat de prévention et de secours civiques (PSC1).
Étape 3 : utiliser un défibrillateur (DAE)
Le défibrillateur automatisé externe (DAE) est conçu pour être utilisé par n’importe qui, sans formation : il vous guide par la voix à chaque étape et n’administre jamais de choc électrique s’il n’est pas nécessaire. Vous ne pouvez pas aggraver la situation en l’utilisant.
Comment procéder dès qu’un DAE est disponible :
1. Allumez l’appareil en appuyant sur le bouton (souvent vert ou clignotant). Les consignes vocales démarrent aussitôt.
2. Collez les électrodes sur la peau nue de la victime, en suivant les schémas dessinés dessus : une sous la clavicule droite, l’autre sur le côté gauche du thorax.
3. Écartez-vous quand l’appareil annonce qu’il analyse le rythme cardiaque, et ne touchez plus la victime.
4. Suivez la consigne : si l’appareil délivre un choc, il vous préviendra ; sinon, il vous demandera de reprendre le massage.
Reprenez immédiatement le massage entre les analyses et juste après un éventuel choc, sans attendre. Le DAE alterne analyses et massage jusqu’à l’arrivée des secours.
Pour localiser un DAE en urgence, deux repères : la signalétique verte à pictogramme cœur avec éclair, présente dans de nombreux lieux publics (mairies, gares, salles de sport, centres commerciaux), et les applications de géolocalisation reliées à la base nationale Géo’DAE. Si vous êtes seul et sans DAE à proximité, ne perdez pas de temps à en chercher un : le massage cardiaque continu reste la priorité absolue.
Vaincre la peur d’agir : ce que dit la loi et la réalité du terrain
La peur de mal faire est le premier obstacle qui paralyse les témoins, et elle est infondée : un massage cardiaque imparfait vaut toujours mieux que l’absence de geste. Sur une personne en arrêt cardiaque, l’inaction conduit au décès en quelques minutes ; vos gestes, même approximatifs, prolongent ses chances.
« Et si je casse une côte ? » Cela peut arriver, notamment chez les personnes âgées, et c’est sans commune mesure avec l’enjeu vital. Une fracture de côte se soigne, un arrêt cardiaque non pris en charge est mortel. Aucun soignant ne vous reprochera d’avoir appuyé fort : c’est le signe que vous avez massé efficacement.
La peur des conséquences juridiques est également infondée en France. Le témoin qui porte secours de bonne foi agit dans le cadre de l’état de nécessité prévu par l’article 122-7 du Code pénal : il n’est pas responsable pénalement des conséquences d’un geste de secours accompli pour sauver une vie. À l’inverse, c’est la non-assistance à personne en danger qui est réprimée par la loi. Le citoyen qui agit est protégé, pas celui qui s’abstient.
Les secouristes de la Protection Civile du Doubs le constatent chaque année sur les postes de secours des manifestations : lorsqu’ils arrivent auprès d’une victime dont un témoin a démarré le massage sans attendre, ils prennent le relais d’un cœur encore « travaillé », avec un tissu et un cerveau encore oxygénés. Ce relais change tout pour la suite de la prise en charge. Le témoin qui agit ne remplace pas les secours : il maintient la victime en vie jusqu’à leur arrivée, ce qui est précisément le rôle attendu du premier maillon de la chaîne de survie.
Après l’urgence : comprendre la chaîne de survie dans le Doubs
Après votre appel dans le Doubs, le SAMU 15 régule l’urgence et déclenche les moyens adaptés : équipe médicale du SAMU et/ou sapeurs-pompiers, qui interviennent selon la localisation et la disponibilité. Pendant leur trajet, le régulateur reste en ligne pour vous guider : vous n’êtes jamais seul, même si vous êtes physiquement le seul présent.
Les associations agréées de sécurité civile comme la Protection Civile du Doubs interviennent surtout en amont du risque, lors des événements et manifestations, au sein des dispositifs prévisionnels de secours (DPS). Nos secouristes, tous diplômés PSE1 ou PSE2 et recyclés chaque année, y assurent la prise en charge des premiers gestes et le relais avec les secours publics, avec des moyens comme les véhicules de premiers secours à personnes (VPSP) et les défibrillateurs.
Se former transforme un réflexe hésitant en geste maîtrisé. Lire ce guide vous prépare ; pratiquer sur un mannequin ancre les gestes dans la mémoire du corps, pour qu’ils reviennent automatiquement le jour où chaque seconde compte. Une formation de quelques heures suffit à acquérir les bases : la formation PSC1 s’adresse à tout citoyen, tandis que la formation SST (Sauveteur Secouriste du Travail) répond aux obligations des entreprises au titre du Code du travail.
Vous pouvez vous former partout dans le département grâce au maillage des trois sections de la Protection Civile du Doubs : à Besançon, dans le secteur de Pontarlier/Frasne et à Montbéliard/Chalezeule. Et si vous souhaitez aller plus loin que le geste ponctuel, vous pouvez devenir bénévole secouriste : aucune expérience n’est requise, la formation initiale est assurée par l’association.
FAQ
Combien de temps faut-il masser avant l’arrivée des secours ?
Massez sans interruption jusqu’à ce que les secours prennent le relais ou qu’un défibrillateur soit installé. Dans le Doubs, ce délai est généralement de quelques minutes selon le lieu. C’est exactement ce temps qui fait la différence : votre massage maintient la circulation sanguine en attendant la prise en charge médicale.
Faut-il faire du bouche-à-bouche quand on est un témoin non formé ?
Non, un témoin non formé peut se concentrer uniquement sur le massage cardiaque continu, sans bouche-à-bouche. Les recommandations actuelles privilégient les compressions thoraciques ininterrompues, qui suffisent à maintenir un apport d’oxygène pendant les premières minutes. C’est plus simple, moins impressionnant, et tout aussi efficace pour un témoin non entraîné.
Peut-on aggraver l’état de la victime en la massant ?
Non, on ne peut pas aggraver l’état d’une personne en arrêt cardiaque : sans geste, elle décède en quelques minutes. Une fracture de côte reste possible mais bénigne au regard de l’enjeu vital, et le défibrillateur automatisé n’administre jamais de choc s’il n’est pas nécessaire. Le seul vrai risque est de ne rien faire.
Que faire si je suis seul et sans défibrillateur à proximité ?
Appelez le 15 ou le 112, mettez le téléphone en haut-parleur, posez-le près de la victime et commencez immédiatement le massage cardiaque. Ne partez pas chercher un défibrillateur si vous êtes seul : le massage continu est prioritaire. Le régulateur du SAMU vous guide à la voix et vous indiquera un DAE seulement s’il y en a un tout près.
Le massage cardiaque fonctionne-t-il de la même façon sur un enfant ?
Le principe est identique, mais on adapte la force et la technique. Chez l’enfant, on masse avec une ou deux mains en enfonçant d’environ un tiers de l’épaisseur du thorax ; chez le nourrisson de moins d’un an, on utilise deux doigts au centre du thorax. Dans tous les cas, mieux vaut masser en adaptant que ne rien faire, et ces gestes précis s’apprennent en formation aux premiers secours.